Joseph Paris (1884-1930)

Poupian... puis Brelan : engagé volontaire et futur maire

Joseph Paris est né à Poupian le 8 décembre 1884 ; il est le second d’une famille de 13 enfants ; ses parents, Joseph (né en 1854 au Haut-David) et Marie-Françoise ROUE (née à Mouais -44- en 1861) y sont cultivateurs.
Comment passe-t-on d’aîné des garçons d’une famille de 13 enfants sur une toute petite ferme située à Poupian à maire de la commune d’Allaire ? Ce n’est sûrement pas la question que se posait le jeune Joseph Paris en 1904 alors qu’il passait le conseil de révision.

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Un jour de conseil de révision à Allaire dans les années 20 ; les autorités locales posent en grande tenue, près du Porche Saint-Hilaire, à quelques encablures de la mairie d’alors, avec de jeunes enfants ; la journée annuelle du conseil de révision était aussi une journée de congé scolaire.

Les « conseils de révision » seront supprimés en 1965, remplacés par les « centres de sélection ».
Les examens médicaux, tout juste terminés, Joseph Paris est déclaré « Bon pour le service mais dispensé au titre de l’article 21 de la loi du 11 juillet 1889, en tant qu’aîné de 11 enfants vivants ». Il décide pourtant d’être « renonciataire à la dispense de l’article 21 devant messieurs les membres du conseil d’administration du 28ème régiment d‘artillerie ».

On ne connaît pas ses raisons mais Joseph s’engage dans l’armée et est incorporé à Vannes le 8 octobre 1905 ; quelques temps plus tard, il rejoindra alors le 1er puis le 6ème Régiment d’Artillerie Coloniale ; là une toute autre carrière va s’ouvrir à lui et il renouvellera périodiquement ses engagements… En 1908, il est à Dakar, au Sénégal… Oubliés Poupian, Allaire et son Morbihan natal ? Pas si sûr… Mais l’épisode africain va se prolonger longuement car le contrôle et la défense de l’empire colonial constituent un enjeu majeur. En 1911, c’est déjà contre l’Allemagne qui veut « étendre son contrôle sur les possessions coloniales ou protectorats français » que les premières batailles se déroulent … notamment au Maroc … où Joseph Paris est bientôt affecté le 22 avril 1911. Il participe au second affrontement avec l’Allemagne, le premier ayant eu lieu en 1905, et il se distingue et concourt à la victoire des troupes françaises. Son affectation reste permanente au Maroc de 1911 jusqu’au début de l’année 1918 ; pendant ces sept années, il est ainsi épargné par les combats sanglants du front de l’est et du nord de la France; il n’est pas non plus mobilisé dans l’Armée d’Orient.

Le 25 février 1918, Joseph repasse à son corps d’origine, le 1er Régiment d’Artillerie Coloniale, puis rentre en France et est affecté sur les opérations finales de l’est de la France du 16 avril au 16 septembre 1918, date à laquelle il arrive « au dépôt »... Où se situe ce « dépôt » ? A Coëtquidan ! Enfin Joseph retrouve un peu de proximité avec sa terre natale. Il poursuit sa mission à cet endroit pendant quelques années, jusqu’en 1924. De 2ème Canonnier-servant en 1905 lors de son engagement, Joseph a gravi les échelons et est Adjudant le 26 juin 1919.

Son engagement, en 1918, en soutien sur le front lui a valu une citation très remarquée : « Chef de section à la Compagnie de tir ; sert d’exemple à tous par son calme et son inlassable dévouement, intelligent, consciencieux, connaissant à fond le matériel de campagne. Est un précieux auxiliaire de l’Officier de tir qu’il a suppléé à diverses reprises, notamment du 22 au 24 juillet 1918. Croix de guerre, a reçu la médaille commémorative du Maroc avec agrafe Maroc ; a droit à la médaille coloniale avec agrafe Maroc, Chevalier du Croissant Alaouite ».

Quand et dans quelles circonstances Joseph va-t-il rencontrer sa future épouse, Agathe Bloyet, de Brelan, de 7 ans sa cadette ? L’histoire ne le dit pas… Le prestige de l’uniforme a-t-il contribué à séduire, à l’occasion d’une de ses permissions, celle qui deviendra bientôt son épouse? Pas impossible… Toujours est-il que le 29 janvier 1919, « Joseph Paris, de Poupian, Maréchal des Logis domicilié aux Armées, prend pour épouse Agathe Bloyet, cultivatrice à Brelan ». Ce mariage est certainement un évènement ; il n’est pas si fréquent qu’un militaire de carrière en tenue, la poitrine bardée de distinctions, passe devant monsieur le maire puis monsieur le curé d’Allaire.

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Le 29 janvier 1919, Joseph Paris, en tenue d’apparat, épouse Agathe Bloyet de Brelan en présence de membres des familles, de voisins et d’amis.

L’épisode militaire n’en est pas terminé pour autant : Agathe et Joseph s’installent au Camp de Coëtquidan et c’est là que naîtront leurs 3 enfants, Germaine en 1920 puis les jumeaux Joseph et Marcel en 1921.

A quelle date Joseph et Agathe Paris quittent-ils Coëtquidan pour rejoindre Brelan ? Nous présumons qu’il s’agit de l’année 1924. Joseph et Agathe exercent alors le métier de cultivateurs.

A l’occasion de l’élection de 1925 une nouvelle génération de conseillers municipaux, pour la plupart quadragénaires, apparaît ; 6 nouveaux sont élus ; parmi eux, Joseph PARIS, le cultivateur-militaire qui, sur les 16 conseillers, obtient le moins de voix ; mais il est élu. Et il devient en janvier 1926 « conseiller municipal remplaçant le maire Jules Bocquel et l’adjoint Jean Nicot en cas d’absence simultanée de l’un et de l’autre » ; il est aussi désigné comme « grand électeur » pour les élections sénatoriales de 1927 (il n’y a pourtant que 3 sièges). Le 15 octobre 1928, Jules Bocquel préside son dernier conseil municipal ; il ne le sait pas encore mais la dégradation rapide de sa santé provoque son décès le 3 novembre. Le conseil municipal se réunit le 9 décembre afin d’élire un nouveau maire. Jean Nicot, l’adjoint, est candidat ; et Joseph Paris l’est aussi… Le premier tour ne parvient pas à les départager : Jean Nicot, 7 voix /15 exprimés, Joseph Paris, 7 voix également et Jean Duval, 1 voix… Un second tour est nécessaire. Avec 8 voix contre 7 à Jean Nicot, Joseph Paris prend les rênes de la commune d’Allaire… A peine de retour dans sa commune natale, en 3 ans, le « natif de Poupian », « multi-médaillés des conflits avec l’Allemagne, de 1911 au Maroc à 1918 sur le front de l’est », « l’adjudant-instructeur de Coëtquidan » devenu « cultivateur à Brelan » a conquis, de main de maître, la fonction locale suprême. Jean Duval est élu adjoint.

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Joseph (fils), Germaine et Marcel Paris vers 1938

Le conseil municipal se réunit quelques jours plus tard et prend sa première délibération, telle que proposée par le nouveau maire : « Vote d’une somme de 400 francs pour frais funéraires du maire. En ouvrant la séance, le Conseil décide, à l’unanimité des membres présents, guidé par un sentiment de gratitude et de sympathie à l’égard de leur ancien et regretté maire, demande à M. le Préfet de vouloir bien l’autoriser à prélever sur les disponibilités de son budget communal (dépenses imprévues) la somme de 400 francs pour contribuer, avec la Veuve, aux frais funéraires de son défunt mari ». Une décision bien sentie qui augure d’une capacité de rassemblement de l’ensemble du conseil municipal. A peine Joseph Paris est-il installé dans ses nouvelles fonctions que le mandat est déjà terminé… Six mois plus tard de nouvelles élections ont lieu dans l’ensemble du pays ; à Allaire, le conseil subit peu de changements. Les 16 conseillers ayant répondu à l’appel de leur nom, l’élection du maire est, cette fois, sans suspense… Joseph Paris est élu avec 15 voix /16.

Hélas, la malédiction des maires d’Allaire se poursuit… Joseph Paris n’aura guère le temps d’exercer cette fonction ; le 26 janvier 1930, il préside son dernier conseil municipal. Le 29 juin 1930, le conseil municipal a été régulièrement convoqué et aurait dû délibérer sur quelques points à l’ordre du jour. Il n’en fera rien, se contentant de faire porter au registre des délibérations le communiqué suivant :

« Décès du Maire
Le vingt-neuf juin mil neuf cent trente à 7 heures, le Conseil, réuni sous la Présidence de Jean Duval, Adjoint au Maire, Tous les Conseillers présents décident à l’unanimité de lever la séance en signe de deuil en raison du décès du Maire, survenu le 27 juin et dont l’inhumation aura lieu ce jour à 17 heures ; Remet la séance à huitaine.
»

Joseph Paris avait 44 ans ; c’est l’adjoint, Jean Duval, qui reprendra le flambeau en tant que maire à compter de juillet 1930.