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Les frairies


Sans qu’on le sache parfois, nous vivons tous dans une Frairie, dans ce coin de Bretagne. Même si ces Frairies, n’ont plus l’activité qu’elles avaient autrefois et jusqu’à la fin des années 50, elles subsistent encore, comme celle de la Frairie de la Rivière d’Oust, avec son histoire, ses traditions.

Qu’est-ce qu’une Frairie
Une Frairie, en Haute-Bretagne, correspond à la fois, pour Marcel-Pierre Dahiez (Les Frairies et les communautés Bretonnes d'habitant, dans Recherches en Pays de Vilaine Tome 1 1982) à :
• une division territoriale de l'ancienne paroisse
• une communauté de travail entre les habitants de cette partie de paroisse
• une assiette administrative pour l'égaillage (la répartition), et la perception des impôts : tailles, redevances féodales, corvées, etc.....

Claire Monique Dagorne nous éclaire aussi sur cette notion (in Claire Monique Dagorne, Eaux, herbes et foins : les prés-marais de Béganne (Morbihan), mémoire de maîtrise d'ethnologie, UBO.).

Cette structure particulière à la Bretagne est apparue dans les textes (cartulaires de Landévennec, de Saint Georges de Rennes) à partir du XIème siècle, sous l’appellation Treb, Tref. Mais dès le IXème siècle, dans le cartulaire de Redon, on retrouvait ce terme pour désigner un lieu habité et cultivé, des groupements de maisons. Le premier document juridique attestant l’existence de Frairies remonte à 1185, c’ est « l’Assise du comte Geoffroy », duc de Bretagne. En Basse Bretagne, elles étaient appelées Breuriez. Dans certaines zones de la Bretagne, on peut retrouver d’autres termes pour désigner la même chose : quartier, cordelée, trait, partie...
Cependant, il ne faut pas confondre les Frairies, avec ce qu’on appelle les "trèves ecclésiastiques", qui ont donné naissance à certaines de nos communes du pays de Redon (Tréal, trève de Ruffiac ; Saint-Perreux, trève de Saint-Vincent, Saint-Nicolas-de-Redon, trève d’Avessac). La trève était une succursale de la paroisse, avec église ou chapelle, registre, fonds baptismaux et cimetière et était dirigée par un curé qui dépendait du vicaire de la paroisse. De même, certaines Frairies ont pu donner naissance à de nouvelles communes, Sainte-Marie-de-Redon, constitué de 3 Frairies autrefois en Bains, Quelneuc ou la Chapelle-Gaceline, 2 anciennes Frairies de Carentoir.
Bains sur Oust possède des Frairies au nombre de 7 actuellement : Frairie de Colomel, du Binon, de Saint Marcellin, de la Couardière, du Bléheu, du Bourg et de la Rivière d’Oust.

Dans le pays de Redon, des Frairies se retrouvaient dans toutes les communes : Sixt-sur-Aff, 6 frairies, Saint-Vincent-sur-Oust, 4 frairies ; Renac, 3 frairies ; Peillac, 5 frairies ; Langon, 7 frairies ; Glénac, 2 Frairies ; Fégréac, 8 Frairies, Avessac 12 Frairies, Saint-Nicolas-de-Redon, 4 Frairies.
Les terres d’une Frairie, (les communs) sont inaliénables et insaisissables. La seule modification possible étant le partage entre tous les frairiens, cela se produisit en 1845 dans la Frairie de la rivière d'Oust à Bains-sur-Osut. En effet, la Frairie de la Rivière d’Oust faisait alors 650 journaux, soit environ 216 hectares, elle fut alors ramené après ce partage à 14ha 78, 69a, ce qu’elle possède encore aujourd’hui.

Etymologie du mot « Frairie »
Le cheminement qui aboutit à l’utilisation du mot Frairie est un processus lent. Tout d’abord, comme nous l’avons dit, pour désigner cette structuration de territoire, c’est le mot Breton Treb, qui est utilisé, et les moines, dans les cartulaires ont latinisé le mot en utilisant le terme Tribus, que l’on trouve notamment dans le cartulaire de Landévennec. L’équivalent grec du mot latin Tribus pour désigner un peuple est le mot Frérie. Nos moines au fil du temps, vers les XIIIème ou XIVème siècle ont utilisé ce mot grec, et la première attestation de l’utilisation du mot Frairie remonte à 1367, dans un acte du duc Jean IV en faveur des moines de Rhuys en la Fraerie de Prosat en Sarzeau.

Origine de la Frairie
Jean-Yves Dagnaud, dans sa précieuse thèse sur les Frairies, précise : « Toutefois, il faut se garder de croire que les Frairies des siècles derniers sont identiques aux Frairies primitives ; leurs noms, leurs nombres et leur limite ont bien souvent changé. Ce qui est antique, c’est le principe de l’institution, ce qui est remarquable c’est que ces sections n’ont existé que dans la partie de l’Armorique qui a parlé Breton ». On retrouve ces Frairies en Loire atlantique, de Saint Nazaire, jusqu’à Couéron, en passant par Blain, Derval et Guémené Penfao.
Mais d’où viennent ces Frairies ? A quand remontent ces Frairies ? Plusieurs théories s’opposent ; origines gauloises, bretonnes continentales ou insulaires... Pierre Flatrès dans « Les divisions territoriales de Basse-Bretagne comparées à celles des contrées celtiques d'outre-mer » (Annales de Bretagnes 1956), penche plutôt pour une origine insulaire de nos frairies : « En ce qui concerne les divisions territoriales de base, en revanche, les traits communs à toutes les contrées celtiques, sont plus importants que les différences. Partout, l'on rencontre une division territoriale très petite, plus petite, normalement, que les paroisses postérieures, que les "townships" des plaines anglaises, que les terroirs villageois du nord-est de la France. Ces divisions sont appelées "Baile" en gaélique, "townland" en anglais d'Irlande, "tref", en gallois, "trev" en cornique. En Bretagne on retrouve le terme gallois et cornique sous les formes diverses : "treb" en vieux bretons, "treff" en moyen-breton (forme conservée fréquemment dans la toponymie écrite), "trev" ou "tre" en certains noms de lieux, "treo" en breton parlé moderne, "trève" en français de Bretagne. »
Le principes des frairies