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Albert Paris (1896-1988)

Doyen des poilus d'Allaire

Albert Paris (1896-1988), doyen des poilus d’Allaire

Né le 21 juillet 1896 à La Ville-Mahé, Albert Paris est l’aîné d’une famille de 4 enfants. Ses parents, Clément et Modeste (née Hémery) sont cultivateurs et s’établissent au Chêne de Laupo. Albert y grandit jusqu’à son apprentissage de menuisier à Saint-Jean-la-Poterie puis à Redon. Albert aimait travailler de ses mains et il fera fructifier ce savoir-faire technique, sans jamais oublier son origine agricole puisqu’il créera aussi une entreprise de travaux agricoles.

Mobilisation et retour au pays
Lorsque la guerre éclate Albert vient d’avoir 18 ans et il n’est pas mobilisable ; comme les jeunes en pleine force de l’âge, il est très occupé, dans son quartier, pour pallier les nombreux départs au front ; il a dû mettre les bouchées doubles pour les moissons de 1914…
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Tout le quartier était mobilisé... pour les batteries...

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Extrait du fascicule de mobilisation d'Albert Paris - 1915

C’est le 8 avril 1915 qu’Albert est incorporé au 50ème Régiment d’Artillerie ; une année d’instruction et de service à l’arrière est nécessaire avant qu’il soit envoyé vers le front dans un autre régiment, le 110ème Régiment d’Artillerie Lourde (RAL), le 26 avril 1916 ; compte tenu de son jeune âge il ne sera démobilisé que le 20 septembre 1919. Il ne laissera pas de souvenirs de guerre à sa famille : « il ne voulait pas en parler et il ne fallait pas l’embêter avec ça… ». Mais nous savons qu’il a combattu à Verdun et sur des sites très exposés.

Menuisier à son compte au Chêne de Laupo à la fin des années 20
De retour au Chêne de Laupo, Albert a plein de projets en tête. Exercer son métier de menuisier d’abord, puis préparer son installation à son compte, ce qui se fera en 1928. Albert travaille le bois sur l’ensemble de la chaîne. Son fils Lucien raconte : « Il construisait des maisons ; il fallait d’abord abattre le bois sur le terrain du propriétaire ; le sciage était sous-traité à la scierie Josset de Saint-Jacut-les-Pins (au Pont de Trouillette). Le bois devait sécher au moins deux ans ; puis c’était la préparation et la pose : solives (poutres), charpentes, ouvertures et même cloisons en bois d’intérieur en sapin, « l’embeurnie »…
On abattait aussi des cerisiers et on fabriquait ensuite des armoires et des lits de coin ; les tables étaient en chêne… « L’agouvro » pour le mariage (trousseau d’affaires nécessaires aux mariés : le lit, l’armoire et la table de nuit…) était en cerisier… L’activité de menuiserie s’arrêtait seulement pendant les batteries. »

Mariage avec Jeanne Le Sourd le 18 juin 1929
Il rencontre aussi Jeanne Le Sourd de La Ruée, presque une voisine, et ils se marient en 1929 ; Marcel et Lucien naissent en 1930 et 1931, suivis d’Adrien qui décèdera en bas âge.
N°3 - 18 juin 1929 : Albert Paris et Jeanne Le Sourd se marient

Entrepreneur agricole dans les années 30
Albert a gardé le virus ; il ne perd pas de vue les travaux agricoles, en particulier les « batteries » ; « c’était les vacances de l’époque » rapporte son fils Lucien. Travailler à la saison pour la récolte des céréales reste une passion et les besoins des cultivateurs augmentent. Dès les années 20, il décide d’acquérir une petite batteuse de marque Garnier et, progressivement, il fera évoluer le matériel ; en 1930 c’est une locomobile, puis un modèle plus récent, une « batteuse » de marque « Société Française ». Plus tard encore l’entreprise Paris sera parmi les premières de la contrée à acquérir une moissonneuse-batteuse...
Les battous s’affairent et « posent autour de la loco et de la vanneuse »

Lucien évoque avec humour l’achat du tracteur, également «un Société Française », en 1949. « Marcel avait 19 ans, moi 18 ; il fallait avoir 21 ans pour passer son permis de conduire. Pendant quelques années, nous avons conduit ces engins agricoles et aussi, sans permis, une voiture ancienne (une « Citroën Rosalie »). Lorsque j’ai passé le permis de conduire il y avait déjà 3 ans que je conduisais… je suis allé passer le permis à Vannes en conduisant ma voiture… C’était comme ça à l’époque… »
Albert a été mobilisé de nouveau pendant la guerre 39-45 (dégagé de toute obligation militaire en 1943) pour des travaux d’intendance : fabrication de meubles (lits, tables, bancs…) chez Mottais à Saint Nicolas de Redon, notamment pour l’accueil de réfugiés qui venaient du Nord.
Les descendants d’Albert, enfants et petits-enfants, ont souvent appris l’un des deux métiers de menuisier ou de conducteur d’engins agricoles, quelquefois même les deux ; les deux entreprises créées à l’époque sont toujours bien présentes à Allaire, se sont développées et rayonnent même dans les environs.

Vie de quartier à « Ker-Anna », aussi appelé « Le Blanc »
Albert et Jeanne se sont établis au cœur du quartier de Laupo, entre la Ville-Mahé (village de naissance d’Albert) et Le Chêne de Laupo (en ferme durant sa jeunesse) ; c’est là qu’ils construisent une maison neuve à partir de 1930 ; ils y emménagent en 1931 ; c’est aussi là qu’Albert développe ses deux activités de menuisier et d’entrepreneur de travaux agricoles. Albert était « un chef… un patriarche… et pas seulement dans la famille, dans le quartier de Laupo aussi… ».
Albert Paris, photographié en 1936

Albert a poursuivi ses activités professionnelles jusqu’à l’âge de 68 ans. Il était toujours en activité et, à près de 90 ans, fabriquait encore des brouettes … Il a eu des difficultés de vue ; il portait des lunettes avec des verres épais. Mis à part ça, il avait une bonne santé et aimait la compagnie. Il aimait aussi retrouver les anciens combattants ; il avait sa carte de l’association présidée par le Père Callo ; à Allaire, il en deviendra le doyen, puis le seul survivant...
Carte de la section locale de l’Union Fédérale (Anciens Combattants du Morbihan)

Albert est mort dans son sommeil, chez lui à Ker-Anna le 1er mars 1988 ; il était le doyen de la commune et dernier des poilus. La presse locale se fit l’écho de sa disparition.